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Quand on demande de la sauce piquante dans un restaurant en Suisse

Ce n’est un mystère pour personne, la Suisse n’est pas (encore) reconnu comme le berceau de la cuisine épicée. Or, toi chili-head, toi qui lis ce blog, tu te sens, et à très juste titre abandonné, seul, dépité lorsque tu vas au restaurant et que tu commande de la sauce piquante après avoir reçu ton assiette. D’ailleurs soit dit en passant, si on ne commande pas la sauce en même temps que notre plat c’est juste par politesse. Et puis le temps que l’assiette refroidisse un peu, le serveur à tout le temps de nous amener de quoi réchauffer notre plat.
Bref, tout ça pour dire que lorsque, à grand renfort de « qui ne tente rien n’a rien », nous demandons poliment si le restaurant à de la sauce piquante, il existe deux réponses possibles. Deux. Pas trois, pas dix ! Non. Juste deux.

Première réponse : « Oui, pas de problème, je vous apporte ça tout de suite. »
C’est très classe, ça arrive – il faut bien l’avouer assez rarement – mais quand c’est le cas, notre journée prend un sens.
Bein oui, la journée, pas la vie, il ne faut pas exagérer non plus.

Seconde réponse possible : « Désolé, nous n’avons pas de sauce piquante ici. »
OK, ça me va. Je suis prêt à accepter que tout le monde ne possède pas le même régime alimentaire. C’est pas grave d’être différent, et franchement ce n’est pas parce que c’est un établissement publique qu’il doit forcément plaire à tout le monde. Non franchement c’est OK. C’est juste que si plein de gens lui pose régulièrement la question, il serait appréciable que le restaurateur se remette un tout petit peu en question, mais passons, ce n’est pas de ça que je voulais te parler.

Non, moi ce que je voulais te dire (te dire, que dis-je, dénoncer ouais !) c’est les pires réponses qu’on entends quand on demande de la sauce piquante dans les restaurants. Tu les as déjà entendu des millier de fois, je tiens juste à les lister ici une bonne fois pour toute, en croisant les doigt pour que quelqu’un partage cet article avec l’un de ces affreux et qu’il prenne conscience du mal qu’il nous fait et du ridicule de la situation.

 

La réponse de l’ignorant :
« Oui, je vais vous chercher le Tabasco. »

Noooooon !

Non ! non ! non ! et non !!! J’ai demandé de la sauce piquante pour assaisonner mon repas. Cela signifie que je comptais manger cette sauce. Qu’est ce qu’il va se passer d’après toi si je mets du Tabasco dans mon assiette ? Hein ? Eh bien ce sera dégoutant ! Et est ce qu’on apprécie de manger des choses mauvaises ? Non, je ne crois pas. Quand tu vas au Louvre, et qu’on te présente des mangas ça t’amuse ?
Bon OK, je m’emporte. Il est vrai que pour beaucoup de Suisses, la sensation de piquant est associée au Tabasco. Genre le liquide ferait, selon eux, partie du tableau périodique des éléments ou que sais-je.
Ce qui importe dans ce cas, c’est de leur expliquer. Après tout ce n’est peut être pas de leur faute. Alors on ressort les exemples sur le vin de cuisine et sur le cheddar pour bien enfoncer le clou et on revient quelques semaines plus tard pour s’assurer qu’il a bien retenu la leçon.
(Et si ce n’est pas le cas, je te donne le droit de renverser ta chaise en partant, si si !)

 

La réponse de l’intégriste :
« On ne sert pas de sauce piquante avec nos plats car sinon après on ne sens plus le goût de aliments. »

Comment osez-vous ?!

Comment ça on ne sens plus le goût ? Tu veux dire que le goût qui est lié aux pommes de terres, à la viande et tout le reste va disparaître au contact de la sauce piquante ? Non parce que franchement ça ne me rassure pas ce que tu me racontes. Allons allons, je te charrie, bien sûr que non, les aliments ne vont pas perdre leur goût, ce que tu voulais dire c’est que le goût de la sauce va être si intense qu’il couvrira tout le reste et que mon palais ne pourra pas apprécier tes filets de perches à leurs juste valeur. Eh bien mon cher, sache ceci. Premièrement, tu n’es pas à ma place, et si toi, tu es incapable de sentir les goûts lorsqu’il y en a plusieurs en même temps dans ta bouche, ce n’est pas forcément le cas de tous. Et quand bien même, si j’ai envie d’avoir le goût du piment en bouche, qu’est ce qui y a de mal à ça ? Si c’est contre ta religion, je te redirige à la seconde réponse acceptable citée plus haut et sinon, tu vas me faire le plaisir d’étendre ta conception du monde et d’accepter que l’univers ne partage pas toujours tes goûts.
Non mais ! On a l’impression que celui-là, il a un jour goûté quelque chose de trop fort pour lui, alors il a décidé que ce n’était pas bon pour l’ensemble de l’humanité. Obscurantiste va !

 

La réponse du théoricien :
« Ah mais tu sais ici, je fais moi-même ma sauce piquante, tu m’en dira des nouvelles. »

Je mange pas épicé, mais je vais quand même te faire une théorie

C’est une réponse qui semble bonne à priori on est d’accord. Eh bien c’est la pire de toute et je pèse mes mots. En discutant deux seconde un huitième avec ce cuisto, tu te rends compte que sa prétendue sauce piquante, tout d’abord ce n’est pas une sauce mais une espèce d’huile (sauce, huile, c’est pas évident, le pauvre il n’est probablement pas du métier, ne lui en veux pas trop si il confond). Mais surtout, et ça c’est impardonnable, tu comprends vite qu’il ajoute du Tabasco dans son huile à la noix ! Oui bein c’est logique, il a fait de la sauce et il a ajouté le piquant ! Quoi de plus logique…

Mais mec, tu te rends compte de l’ascenseur émotionnel que tu nous fais subir ? C’est comme allez à Milan et recevoir une pizza Hawaï de Domino’s. Tu crois que tu peux salir notre société comme ça impunément et qu’on va rester là les bras croiser à te regarder faire ?
Dans ces cas là, si vous n’avez pas d’armes à feu à portée de main, je vous conseille de suivre la procédure qui suit.

Il vous faut :
– Une paire de ciseaux
– Un stylo
– Une nappe en papier (souvent présente sur les lieux)

  1. Découper soigneusement des rectangles dans la nappe à l’aide de ciseaux.
  2. Avec un stylo, décorez-les ensuite de ce que vous insufflera la frustration du moment.
  3. Et enfin, au moment de payé, tendez lui vos œuvres en prenant le même petit air fumiste que celui-ci lorsqu’il vous a servis tout à l’heure, et répondez-lui « Ah mais tu sais, je fais moi-même mon argent quoi ! ».

C’est un scandale !

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